Cas d’étude : les villes historiques de la Syrie¶
Des barrages vieux de 3000 ans!¶
Le rôle de l’eau a été essentiel au développement des villes historiques pour avoir de l’eau à boire, mais aussi pour avoir accès à de la nourriture et pour se déplacer. Les premiers ouvrages hydrauliques dont il reste la trace archéologique ont plus de 3000 ans. Les vieilles villes se sont toujours installées près de l’eau : le long du fleuve de l’Euphrate en Mésopotamie, du Nil en Égypte, sur les rives du Bosphore pour Constantinople, et il en va de même pour Rome, Athènes, etc. Elles ont été des plaques tournantes pour le commerce et les échanges de toutes sortes. De plus, l’irrigation des terres nécessite l’utilisation des ressources en eau douce et possiblement la construction d’ouvrages de retenue ou de détournement de l’eau. Au fil du temps et de la croissance urbaine, on a essayé de dompter et de contrôler l’eau via des digues, des barrages ou des déversoirs. Mais, qu’il s’agisse d’un trop plein ou d’un manque d’eau, cet élément est parfois capricieux, voire dévastateur, et le sera de plus en plus avec les changements climatiques.
En effet, la nécessité de se pourvoir en eau est commune à toute l’humanité, tant pour les besoins de la vie quotidienne que pour les activités industrielles et l’agriculture. De tout temps, le genre humain a déployé des trésors d’ingéniosité pour acquérir, conserver et améliorer les ressources en eau. Le cas d’étude de la Syrie est particulièrement significatif puisqu’il présente un vaste territoire aux situations naturelles variées sur une grande période.
Quelles étaient les ressources en eau?¶
Les ressources en eau sont déterminantes, non seulement par leur quantité et leur qualité, mais aussi par leur occurrence. En effet, on ne gère pas de la même manière une ressource très inégale dans le temps, un cours d’eau pérenne ou une eau stockée tel un aquifère. Comprendre un aménagement et estimer son importance débute par la connaissance des conditions du milieu dans lequel il a été conçu.
Les conditions climatiques arides et diversifiées se côtoient en Syrie. Le pays a été confronté très tôt dans son histoire aux problèmes de déficit en eau par son développement des sociétés agricoles et urbaines. La Syrie méditerranéenne est une zone aux ressources hydriques importantes tandis que la Syrie intérieure est une zone où l’écoulement de l’eau est temporaire et brutal. La figure 1 présente le territoire de la Syrie et de ses environs avec la localisation de ses barrages historiques. La délimitation de l’isohyète des 250 millimètres de moyenne annuelle y est représentée. Les barrages jouent des rôles adaptés au milieu naturel où ils ont été construits et aux besoins des populations locales.

Localisation des barrages et des isohyètes Ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs, 2022
Le pays est divisé en deux parties inégales. D’une part, au nord et au nord-ouest correspond le Croissant Fertile, région à agriculture sèche, avec des précipitations annuelles supérieures à 250 millimètres. Cette zone est endémique de la culture des céréales. D’autre part, au sud, au sud-est et au centre du pays correspond les zones à agriculture irriguée, avec des précipitations annuelles inférieures à 250 millimètres. L’agriculture doit toujours être liée à l’irrigation qui y est une nécessité. Elle est soit linéaire, c’est-à-dire le long des cours d’eau, soit ponctuelle, c’est-à-dire autour d’un point d’eau naturel ou artificiel.
Les caractéristiques hydriques du fleuve de l’Euphrate, en Syrie, dépendent des conditions climatiques de sa partie en amont, en Turquie. Ce fleuve traversant des zones subdésertiques et désertiques est sujet à des crues dévastatrices ainsi qu’à des étiages catastrophiques. De plus, les étiages concordent malheureusement avec la période de l’année où la demande en eau est la plus grande, soit l’été et l’automne. Le défi des ouvrages hydrauliques construits sur ce fleuve est autant de résister à la puissance du courant en période de crue que de retenir l’eau lors des étiages. Les aménagements ont exigé des moyens humains et financiers d’envergure.
À quoi ressemble un barrage antique?¶
Le barrage-seuil du Khanouqa est le seul ouvrage antique qui soit connu sur le fleuve de l’Euphrate. Il peut avoir été aménagé lors de deux périodes qui semblent avoir connu, avant notre ère, une population plus dense sur la vallée, soit il y a 4000 à 5000, soit il y a 3000 ans. L’ouvrage donne un aperçu d’aménagement conçu bien avant l’époque contemporaine et répondant à la fois aux contraintes du milieu naturel ainsi qu’aux besoins de développement des sociétés. Il a été construit dans un site stratégique du fleuve qui consistait en une vallée étroite de 500 mètres de large et assurant une zone d’écoulement des eaux en temps normal exceptionnellement constante sur une distance de 8 kilomètres. Il n’a pas paru nécessaire d’implanter un barrage-réservoir qui ferme totalement la vallée dans le contexte des sociétés non industrialisées de l’époque. Le moyen le plus simple et efficace de permettre l’irrigation à grande échelle était de dériver une partie de l’eau du fleuve vers un canal. La difficulté principale était d’acheminer un débit suffisamment régulier et constant au canal. Les barrages-seuils ont agi comme solution puisqu’ils ont permis de régulariser la dérivation d’une partie du flux vers un canal et d’élever légèrement le plan d’eau. Le barrage-seuil du Khanouqa est un exemple de cette fonction de régularisation tel que présenté sur les figures 2 et 3.Ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs, 2022

Restitution schématique du barrage de Khanouqa et son environnement Ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs, 2022

Restitution du défilé du Khanouqa et son aménagement hydraulique (dessin O. Callot) Ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs, 2022
Entrevue – Contexte historique du développement des villes¶
Exercice 4¶
- Ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs. (2022). L’eau au Québec : une ressource à protéger. https://www.environnement.gouv.qc.ca/eau/inter.htm